La héronnière

Un peu d’érotisme pour relancer la semaine après quatre jours de rando dans les Pyrénées.

Quittons la plage. Fuyons ce soleil qui fait fondre le sable, cette mer gluante de sel, infoutue de nous rafraichir. Il y a par delà les dunes un petit bois de pins. Tu verras : tes pieds nus brasseront les aiguilles rousses. Le craquement de nos pas viendra se joindre au grincement des troncs, au crissement des griffes d’écureuils, à la crépitation des pommes de pin brûlantes. Et l’écorce des conifères, éclatée par la chaleur estivale, répandra partout sa douce odeur de sève. Au milieu du bois, il y a une héronnière. Nous observerons les ailes immenses et grises tourner au-dessus de nos têtes et nous essaierons de ne pas marcher sur la coquille bleue des œufs déjà éclos. Par delà les nids suspendus dans les branches, le sous-bois, étouffé d’épines, reprend vie autour d’un ruisseau. Une longue crinière d’herbes vertes s’y balance au rythme envoûtant de la bise fraîche qui roule sur l’eau. Nous plongerons nos pieds dans le courant glacé. Main dans la main, nous nous laisserons tomber sur ce lit de chlorophylle. Là, nous serons à l’abri des regards, loin de la foule et des cris. Seulement le chant de l’eau, l’appel saccadé des bergeronnettes. Nos corps apaisés respireront au rythme des cimes et nos lèvres articuleront des baisers silencieux. Au-dessus de nos têtes, les arbres, comme des pinceaux, repeindront le ciel d’émeraude et autour de nous, de minuscules coccinelles se baigneront dans les dernières bulles de rosée accrochées à la mousse. Nos mains exploreront nos corps, s’étonnant de découvrir encore tant d’endroits inconnus. Lorsque ma paume descendra doucement entre tes cuisses, tes gémissements de plaisir couvriront à peine la flûte du cours d’eau. Je contemplerais ta tête rejetée en arrière, ton cou offert, le contour affuté de ta mâchoire parfaite, tes lèvres entrouvertes, si désirables, tes paupières fermées, tes cils si élégants. Je serais surpris, comme je le suis toujours, par l’infinie douceur de ton sexe. Ma raison se dissoudra dans le sang s’épanchant dans le mien. Nos torses se joindront, laissant une empreinte dans l’herbe à l’endroit où mon dos reposait. Nos yeux s’emmêleront, et nous serons seuls au monde, mobilisant les derniers débris de notre volonté pour résister encore quelques instants à l’urgence de notre fusion. Nous nous délecterons de cette souffrance délibérée, nous jouirons de trop vouloir jouir et de ne le pouvoir. Et quand, enfin, j’entrerais en toi, un frisson brûlant te soulèvera le ventre, propagera sa torride fraîcheur jusqu’au bout de tes doigts. Nous resterons un moment immobiles pour mieux savourer les ultimes retrouvailles de nos intimités trop souvent séparées. Et je te ferais l’amour doucement comme j’aime tant le faire jusqu’à ce que ton corps convulsé expulse dans tes larmes tout le plaisir qu’il ne pourra garder.

 

2 commentaires

  1. Playa dit :

    Bravo Dig ! A la fois poétique et érotique. Très beau

    1. ndigard dit :

      Merci Cha! 😉

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