Le couple du train

Il y a ce couple dans le train. Ils sont assis près de la porte, sur les strapontins. Elle, le dos droit contre la vitre qui les sépare des autres voyageurs, m’offre son profil de cygne noir, muette. Lui, penché au-dessus de leurs jambes entrecroisées faute de place, chuchote, nerveux. Son visage est trop proche, ses mains s’agitent, fébriles. Elle ne le regarde pas, les yeux perdus dans la course des rails.

De lui, je ne distingue que les épaules, le crâne dégarni, tache blanche parmi ses cheveux bruns et ras. Pourtant, je sens une grande violence dans son comportement, dans la façon qu’il a d’envahir l’espace vital de sa femme.

Il découpe l’air de ses paumes à quelques centimètres de son visage. Soudain, ses deux mains pâles se referment brièvement autour du frêle cou noir. Le simulacre de strangulation ne dure qu’une demi-seconde. Je suis seul à l’avoir remarqué.

Alors, elle le regarde dans les yeux, calme, pendant qu’il continue à chuchoter avec nervosité. Le geste ne l’a pas surprise.

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