Un rêve

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Les arbres sont nus, la rue scintillante. Les averses de la nuit fuient la clarté cérulée de l’aurore. Sous l’éclat tungstène du réverbère roule un sac en plastique rose. L’air est humide, chargé d’un parfum minéral et tranchant. Pas une seule voiture. Rien ne vient troubler le silence de la ville endormie que la cadence de mes pas et le cliquetis des griffes du chien que cet homme promène sur le trottoir d’en face. Il porte un imperméable grisâtre dont la ceinture traine sur le bitume. Il a chaussé ses mocassins sans prendre la peine d’enfiler ses chaussettes. J’observe la manière singulière qu’il a de marcher, le dos vouté, la tête baissée, les yeux comme tournés vers son nombril. Lorsqu’il arrive au bout du trottoir, son regard se hisse jusqu’au feu. Comme il constate que la silhouette est rouge, il s’arrête et replonge aussitôt en lui même. Étrange image que cet homme enroulé autour de son ventre, attendant au bord d’une rue déserte le signal mécanique d’un feu tricolore. Je ralentis le pas pour mieux contempler la scène.

Le bonhomme vire au vert et mon escargot s’engage sur le passage clouté. Au milieu de la chaussée, il s’immobilise. Le chien interroge son maître d’une oreille tirée en arrière, aboie pour le raisonner. L’homme s’écroule.

La panique m’envahit alors que de spectateur, la chute soudaine de cet homme me change malgré moi en acteur. Je me rue vers son corps sans trop savoir ce qu’il me faut faire ensuite. L’homme convulse, le chien aboie. Je suis totalement impuissant, j’ignore les gestes. Je décide d’attirer l’attention. Appeler à l’aide, réveiller quelqu’un. Mais aucun son ne passe le seuil de mes lèvres. J’ai beau forcer, mon appel à l’aide demeure coincé dans ma gorge. Quelque chose en moi m’empêche d’appeler au secours. Un souvenir enfoui au fond d’un tunnel noir m’ordonne de le retrouver. Le chien jappe de plus belle, comme pour m’encourager. Je plonge en moi même. Enfoui au cœur du nœud qui comprime mes entrailles, l’image de moi enfant pleurant les yeux levés vers ma mère, implorant son aide de l’unique manière que je connais, et celle de ma mère se tournant vers moi avec colère comme si ma détresse était un obstacle à la quiétude qu’elle avait décidé pour sa vie.

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