Marché français vs Anglo-saxon

Le 26 février dernier, j’ai eu la chance d’être invité à une table ronde organisée par la Ligue des auteurs professionnels et dont le thème était : Marché français / Marché anglo-saxon. Et, truc de ouf, Pénélope Bagieu était aussi interviewé dans l’émission (mais pas en même temps que moi).

Je prends juste un peu de temps, avec beaucoup de retard, pour revenir un peu sur le sujet de l’émission. Et je précise que ce qui suit n’engage que moi et ma courte expérience (je n’ai publié qu’un livre en Angleterre : The Wolf’s Secret), il se pourrait que d’autres expériences à venir changent ce point de vue !

J’ai remarqué plusieurs différences notables entre les deux marchés :

Le commercial a plus d’importance qu’en France.

Avant de nous dire oui, le service éditorial d’Orchad Books a d’abord présenté le projet au service commercial pour que celui-ci lui dise : OK ça on peut vendre. Il y a donc une pression beaucoup plus grande du commercial. Mais ça, Clémentine Beauvais l’explique mieux que moi, et Pénélope Bagieu aussi (dans la vidéo).

Aux UK, les agents ne sont pas perçus comme des pestiférés.

J’ai eu la chance d’être représenté par l’agent de Julia Sarda. En France, les agents sont une question encore très épineuse et on entend souvent dire qu’il ne faut pas « gâcher la relation auteur/éditeur ». Je peux affirmer que c’est bien l’inverse qui arrive (ce n’était pas une découverte, étant donné que je suis représenté dans l’audiovisuel). L’agent se charge de tous les sujets qui fâchent et toi, tu es libre de pouvoir parler uniquement création avec ton éditeur. Et non seulement c’est plus agréable pour toi de ne pas avoir à passer ta journée à rédiger des mails de négo de 7 pages de long, d’avoir à insister au téléphone le front transpirant d’angoisse, mais en plus l’agent fait bien le taff puisque le notre a obtenu trois fois plus que ce qu’on nous avait proposé en France, tout en retenant des droits que je n’aurai pas su retenir si j’avais négocié moi-même.

L’avantage de l’agent c’est aussi sa connaissance du marché. Il•elle sait ce qui est raisonnable ou non en fonction de ce que tu as déjà publié, de la cible, etc. Donc non seulement il n’y a pas d’arnaque, mais pas de demande impossible non plus.

Dans l’ensemble j’ai trouvé que c’était une expérience beaucoup plus apaisée et enthousiasmante.

Pour couronner le tout, mon agent organise régulièrement des apéros zoom avec les autres auteurs. C’est pas beau ça ?

Sur ce sujet, je vous invite aussi à lire l’article hyper complet de Samantha Bailly et à visionner sa vidéo sur les agents.

Je me suis senti mieux traité par la maison d’édition anglaise dans son ensemble.

Mes expériences en France sont très diverses, puisque j’ai travaillé avec des éditrices que j’adore. Mais d’une manière globale, surtout dans les hautes sphères des patrons, on a tendance à être totalement ignorés par la grosse machine que peut être une maison d’édition et dans le système français, j’ai eu parfois la sensation d’être un fournisseur de contenu oublié aussitôt le projet terminé.

Aux UK, j’ai été intégré à toutes les étapes de création avec beaucoup d’enthousiasme et de respect. On a écouté mes remarques sans lever les yeux au ciel genre « pourquoi il nous rajoute des changements, on a pas le teeeeemps ! ». Je n’ai pas reçu soudainement un PDF de l’album tout terminé avec une validation à faire pour le lendemain « parce que tu comprends, tout est déjà validé et l’imprimeur est déjà en train de faire chauffer les machines. » Je répète : expérience pas du tout systématique en France, mais ça m’est beaucoup (trop) arrivé. Bref, moins de paternalisme, plus de respect. J’ai été considéré comme un vrai professionnel dont le savoir-faire compte, et ça change tout !

Quand la crise a éclaté, j’ai reçu un loooong mail (groupé) où la direction d’Hachette s’inquiétait de la santé et des perspectives de ses auteurs et nous partageait leurs craintes et leurs espoirs pour l’année à venir. À la fin de 2020, nouveau mail de la direction pour partager les objectifs stratégiques de la boîte, les évolutions du marché… Pour moi ça a été symboliquement très fort. En creux j’ai eu l’impression d’être considéré comme un élément important de la maison d’édition, pas cet espèce d’uluberlu-avec-qui-il-faut-bien-bosser-pour-faire-le-bouquin-mais-dont-on-se-passerai-bien.

Peut-être que cela a un rapport avec la fidélité attendue aux UK des auteurs pour leur maison d’édition comme le décrit Clémentine Beauvais dans son article ?

(À confirmer) Il paraît qu’aux USA, quand on obtient un prix… après on est mieux payé ! D’après un pote illustrateur qui travaille beaucoup avec les états unis, aux US, il y aurait des barèmes avec un effet de cliquet (clic !) : dès que tu obtiens un prix, les prochains contrats commencent à un niveau de rémunération plus élevé, on te refile pas le sempiternel « contrat standard ».

Voilà pour ce retour d’expérience !

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